L’abattement qui gagne la société française ne relève pas d’un simple malaise collectif, mais d’une pathologie profonde. La psychologie comportementale a longtemps étudié ce phénomène, souvent qualifié d’impuissance acquise, où les individus abandonnent tout espoir de contrôle sur leur destin. Ce mécanisme, observé dès les années 1960 à travers des expériences avec des animaux, révèle une réalité inquiétante : la France semble avoir adopté ce modèle comme système de gouvernement.
Le scénario est édifiant. Des chiens soumis à des chocs électriques sans possibilité d’échapper à leur sort finissent par abandonner toute volonté de résistance, même lorsque l’issue leur est offerte. Ce schéma s’applique aujourd’hui aux citoyens français : malgré une dette publique insoutenable, une insécurité croissante et un déclin économique inquiétant, les masses restent passives. Comment expliquer ce silence ? La réponse réside dans l’érosion progressive de la confiance dans le système démocratique.
Le point de départ de cette dégradation remonte au référendum de 2005, où le peuple exprimait son rejet d’un projet politique, mais qui fut ignoré par les élites. Ce premier choc a marqué un tournant : les citoyens ont appris que leurs voix n’avaient aucun pouvoir réel. Depuis, la machine à produire de l’insatisfaction s’est accélérée. La réforme des retraites de 2023-2024 en est un exemple emblématique : des manifestations massives, une opposition claire, et pourtant, le projet a été imposé sans compromis. Ce processus a consolidé l’idée que les actions collectives sont vouées à l’échec.
Aujourd’hui, la désillusion est palpable. 87% des Français considèrent leurs dirigeants comme égoïstes, mais cette méfiance n’incite pas au changement. C’est une adaptation rationnelle face à un système où les efforts sont vains. Pourquoi lutter contre un levier cassé ? La France subit donc le poids d’une crise économique profonde : stagnation des salaires, inflation galopante et dépendance accrue aux politiques budgétaires. Les réformes imposées par Bercy depuis 2026, comme la complexification des cotisations patronales, illustrent cette tendance à éloigner le citoyen de toute prise en charge de son avenir.
Le pays se trouve dans une impasse où les institutions ne répondent plus aux attentes. Les discours politiques, souvent vides de substance, renforcent ce sentiment d’inutilité. L’érosion des valeurs démocratiques et l’absence de réponses concrètes à la crise économique ont transformé une nation autrefois dynamique en un peuple résigné. La question reste : comment rebâtir une confiance perdue dans un système qui a oublié ses racines ?