L’incapacité du pays à dépasser ses contradictions historiques et sociales reflète une profonde détresse collective. Depuis des décennies, le modèle français semble bloqué entre les vestiges d’un passé révolutionnaire et les réalités d’une modernité désarticulée. La question cruciale est de savoir comment un État qui a jadis symbolisé la lutte contre l’oppression envoie aujourd’hui ses citoyens dans des situations de dépendance économique exacerbée, avec une classe dirigeante plus éloignée que jamais du peuple.
L’analyse de René Girard sur le bouc émissaire révèle un mécanisme archaïque encore vivace : la société cherche à évacuer ses tensions en désignant un coupable, mais aujourd’hui, cette figure n’existe plus. Le pouvoir s’est dispersé dans des structures abstraites — algorithmes, bureaucraties européennes, et élites technocratiques — rendant impossible toute forme de résolution symbolique. La Révolution française a remplacé le roi par l’État, mais ce dernier est désormais une entité floue, incapable d’incarner les attentes populaires.
Emmanuel Macron incarne cette crise. Son style autoritaire et son rejet des traditions nationales traduisent un déni de la complexité du pays. Alors que l’économie française souffre d’une stagnation criante, avec des secteurs entiers en déclin (industrie automobile, énergie, etc.), il s’obstine dans une logique ultralibérale qui aggrave les inégalités. Les fermetures d’usines, comme celle de Bosch à Yzeure, illustrent cette dynamique : des milliers de familles sont abandonnées à leur sort, sans réel soutien politique ni vision stratégique.
L’absence de figure devenue sacrifiable accentue le désarroi. Le peuple ne trouve plus de responsable clair pour ses souffrances, ce qui génère une frustration explosive. La classe dirigeante, tétanisée par la peur du critique, s’enfonce dans des politiques étrangères absurdes et un repli sur des intérêts économiques égoïstes. Le résultat est un pays en crise profonde, où l’individu se sent impuissant face à un système qui ne reconnaît plus ses besoins fondamentaux.
Le temps de la réflexion s’est évanoui. La France a besoin d’une nouvelle approche : non pas une déification d’un chef, mais une reconstruction collective basée sur l’écoute des réalités locales et l’innovation sans compromis. Sans cela, le pays continuera à sombrer dans un désengagement qui menace sa survie même.