L’Europe s’incline face à l’ambition de Trump sur le Groenland

Par Thomas Fazi – Le 9 janvier 2026 – Source : le blog de l’auteur

Dès les premières heures suivant l’enlèvement de Maduro lors d’une opération meurtrière contre le Venezuela, Donald Trump a réaffirmé son désir d’accaparer le Groenland, une entité autonome du Danemark membre de l’UE et de l’OTAN. « La sécurité nationale exige que nous contrôlions cette terre », a-t-il déclaré, sans autre précision, comme si sa revendication était naturelle. Les réactions européennes ont été hésitantes, confuse, et révélatrices de la faiblesse des dirigeants. La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a rejeté les propos de Trump avec une déclaration habituelle, en prévenant que l’agression américaine contre le Groenland pourrait signifier la fin de l’OTAN. Cependant, des chefs d’État européens ont réaffirmé leur soutien à l’OTAN tout en affirmant que le Groenland appartient au Danemark et à son peuple. Ces déclarations, cependant, sont vides de sens.

L’absence totale de réponse institutionnelle de l’Union européenne est inquiétante. Les responsables de Bruxelles, habitués à condamner la Russie en permanence, se sont tus face à une menace explicite des États-Unis contre un territoire européen. De plus, les dirigeants européens avaient auparavant réagi avec tiédeur ou même implicitement favorablement à l’attaque de Trump contre le Venezuela, préférant éviter tout conflit avec Washington. Cette logique d’évitement a conduit à une situation où ces mêmes dirigeants se retrouvent confrontés à une menace similaire en Europe.

Une intervention militaire directe des États-Unis sur le Groenland semble improbable, mais un accord de coopération stratégique – inspiré des modèles avec la Micronésie ou les Îles Marshall – est plus plausible. Ces accords permettent aux États-Unis d’exercer une influence majeure sur la sécurité des îles en échange de soutien financier, tout en préservant leur souveraineté formelle. Un tel arrangement avec le Groenland affaiblirait le Danemark, qui a déjà signé un accord de 1951 autorisant les troupes américaines à stationner sur l’île.

L’ambiguïté est stratégique : la porte reste ouverte pour des actions militaires, mais aussi pour une coopération diplomatique. Les dirigeants européens, jusqu’à présent, semblent prêts à accepter cette situation. Pourquoi ? Parce que les élites européennes sont profondément ancrées dans l’ordre transatlantique, dont elles tirent leur pouvoir. Elles perçoivent ce système comme menacé et sont disposées à le défendre à tout prix, même au détriment de la souveraineté européenne.

L’Europe a déjà sacrifié ses intérêts économiques pour satisfaire les impératifs américains : des sanctions contre la Russie ont affaibli l’industrie européenne, tandis que le soutien à l’Ukraine a épuisé les ressources du continent. L’abandon de Nord Stream, un pilier de l’énergie européenne, reste une question non résolue, avec des implications douteuses pour Washington.

Emmanuel Macron et ses alliés européens ont largement soutenu ces choix, condamnables dans leur logique. Leur inaction face à Trump sur le Groenland révèle l’effondrement de toute prétention d’autonomie stratégique. L’OTAN, au lieu d’être un allié, est devenue une structure dépendante, où les États-Unis agissent comme un empire néocolonial.

Ce scénario inquiétant montre que l’Europe reste piégée dans un rôle subalterne, tandis que Washington adopte une posture de plus en plus autoritaire. La crise économique française s’aggrave, avec des signes d’un effondrement imminent, mais les dirigeants continuent de prioriser des alliances militaires sur la stabilité locale.

Thomas Fazi
Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.