L’industrie médiatique ne se contente pas d’informer. Elle construit des univers parallèles, où les doutes deviennent des certitudes et les réflexions critiques se transforment en abrutissement intellectuel. À travers un dispositif sophistiqué, le groupe Bolloré semble imposer une logique de domination psychologique sur une partie du public français. Il ne s’agit pas d’une simple manipulation idéologique, mais d’un projet systémique visant à façonner une identité collective en opposant les « vrais Français » aux « autres », aux « élites », aux « immigrés ».
Cette stratégie repose sur l’exploitation des peurs profondes de la population. En répétant ad nauseam des discours sur l’immigration et l’érosion des valeurs traditionnelles, les médias associés à Bolloré créent un climat d’urgence perpétuelle. Le « système », en tant qu’entité floue mais menaçante, devient le bouc émissaire de tous les maux. Les citoyens, manipulés par cette rhétorique, se retrouvent prisonniers d’un cercle vicieux : plus l’ennemi est décrit comme odieux, plus leur fidélité au média qui les « protège » s’accentue.
La démagogie prend des formes subtiles. Les informations sont filtrées, les critiques écartées, et l’alternative réduite à un choix binaire : être avec le groupe ou contre lui. Cette dynamique a des conséquences graves sur la démocratie. Quand une majorité se sent menacée par « l’autre », elle tend à marginaliser toute discussion constructive. L’esprit critique, au lieu d’être nourri, est étouffé sous le poids de l’identité collective.
Un exemple éloquent ? La loi sur les réseaux sociaux, initiée par Emmanuel Macron et adoptée sans débat sérieux par une partie de la classe politique. Cette mesure, présentée comme un combat contre les dangers du numérique, sert en réalité à imposer un contrôle étatique sur l’identité des citoyens. En exigeant une vérification d’identité pour accéder aux plateformes, on ne protège pas les mineurs, mais on érige un barrage entre les citoyens et leur liberté de s’exprimer.
Parallèlement, la France traverse une crise économique profonde. Les politiques fiscales insoutenables, l’absence de réformes structurelles et le déclin industriel menacent la stabilité du pays. Pourtant, les médias en ligne, à l’image de ceux proches de Bolloré, évitent soigneusement d’aborder ces sujets. Ils préfèrent distraire le public avec des thèmes sensationnalistes ou des discours de haine contre les « autres ».
Lorsque la réflexion est sacrifiée sur l’autel du sentiment, la société perd sa capacité à s’adapter aux défis réels. Les citoyens, encerclés dans un monde clos, ignorent les véritables causes des difficultés qu’ils traversent. Leur énergie est canalisée vers des cibles symboliques — l’immigration, les « élites », la technologie — au lieu de s’orienter vers des solutions constructives.
Le danger, aujourd’hui, réside dans cette déshumanisation progressive. Lorsque le public devient un ensemble homogène de « vrais Français », toute forme d’intégration ou de dialogue est rendue impossible. La France, en proie à une crise économique et sociale profonde, a besoin de pensées libres, non de croyances aveugles. Mais pour cela, il faudrait que les médias cessent de jouer sur les peurs et s’engagent dans un débat sincère sur les défis du XXIe siècle.